La souveraineté que nous voulons tant, en particulier sur le plan économique, commence par la production, la transformation et la consommation locale. Sur le plan alimentaire, il faut se féliciter que depuis un peu plus de deux ans, les choses sont en train de bouger positivement avec une nette amélioration de la production rizicole à la faveur des incitations à travers notamment le Programme Grande Irrigation. Aussi, l’on assiste de plus en plus à une prise de conscience quant à la consommation de ce que nous produisons localement.
Toutefois, le gros travail qui reste encore à faire est celui de la transformation et de l’industrialisation. En effet, notre pays demeure encore un grand importateur de divers produits alimentaires et manufacturés alors que la matière première existe sur place ainsi qu’une main d’œuvre abondante. Du coup, chaque année, ce sont de sommes colossales de devises qui quittent le pays pour les importations. Une fuite de capitaux qui partent financer l’industrialisation d’autres pays et la création d’emplois pour leurs jeunesses, pendant que les jeunes nigériens diplômés ou non croulent sous le poids du désœuvrement et du chômage persistant.
Quelques facteurs essentiels sont à indexer dans cette situation : d’abord une pression fiscale de plus en plus forte dont se plaignent les PME-PMI. Ensuite l’égoïsme des opérateurs économiques nigériens qui préfèrent l’import-export à l’investissement productif pour gagner à eux seuls le maximum de profits. Il y a aussi les difficultés d’accès aux financements, le problème d’accompagnement et enfin certains comportements individuels des jeunes entrepreneurs trop pressés de faire fortune.
Pour corriger cette situation et donner une chance au développement industriel, il faut que les opérateurs soient moins égoïstes en acceptant d’investir dans l’industrialisation. Quant à l’Etat, il doit être moins répressif en termes d’impôts dont le taux oblige de nombreux promoteurs de PME-PMI à abandonner après quelques mois d’exercice. Ce qui contribuerait à réduire ‘’la déperdition entrepreneuriale’’.
Même si ces dernières années, l’on a assisté à un début d’installation de quelques unités industrielles, en particulier dans le domaine de la production du fer à béton, d’articles plastiques, il n’en demeure pas moins que les investissements sont pour l’essentiel réalisés par des opérateurs étrangers. Ce qui n’est pas mauvais en soi en ce sens que cela prouve que le Niger reste encore attractif en dépit de la propagande faite par les adversaires du processus de souveraineté pour décourager les investisseurs étrangers.
Cependant, l’idéal aurait été que les nationaux investissent aussi dans l’industrialisation. Ce qui soulève, une fois de plus, la question du changement de mentalité chez nos opérateurs économiques. Ces derniers doivent accepter de grandir ensemble et de partager le fruit de la croissance et les bénéfices de leurs activités avec la société en créant des usines et en offrant des emplois aux jeunes. Du reste, c’est en agissant de la sorte que l’on pourra créer des chaînes de valeurs et un tissu industriel étoffé à même de soutenir le développement et la souveraineté du pays.
C’est le sens de l’appel lancé par le Président de la République, lors de sa tournée à l’intérieur du pays, où il a demandé aux opérateurs économiques d’unir leurs forces et leurs ressources pour créer des industries, surtout dans les zones à fort potentiel. Le Général d’Armée Abdourahamane Tiani a, par la même occasion, rassuré tous ceux qui veulent investir que l’Etat est disposé à leur accorder les avantages du régime dérogatoire du Code des investissements.
Siradji Sanda (ONEP)
