La traditionaliste Aissatou Adamou dite « Zarma gna »
Alors que chez certaines personnes, la rondeur est combattue à coup de régimes et d’astuces minceur, dans d’autres communautés au Niger, elle reste une marque de beauté, de réussite et de respect. Dans plusieurs traditions du pays, le gavage demeure ainsi une pratique encouragée pour répondre aux attentes conjugales et culturelles.
Avoir un corps aux formes arrondies et généreuses, des hanches larges, un visage rond et plein, des joues bien rebondies constituent les premiers critères de beauté féminine selon un homme Zarma-Sonray. M. Issoufou, marié et père de plusieurs enfants, témoigne qu’une femme ronde est une bénédiction. « Pour nous, les Sonray, avoir une femme mince est une honte, car tu ne peux pas sortir avec elle lors des rencontres familiales. Moi, je vous assure que lorsque ma femme sort, je suis fier de moi, car on sait qu’elle ne souffre pas chez moi et que je la nourris très bien. Sur tous les plans, la femme ronde est mieux », a-t-il affirmé.
Sortie récemment de sa quarantaine, Mme Abdoul Aziz a confié que prendre du poids durant la période post-partum n’a pas été facile pour elle. « Voir mon corps changer et prendre du poids rapidement me demandait beaucoup de courage. Mais je me suis rappelée que, dans notre culture, cela symbolise la beauté de la femme », a-t-elle témoigné.
Pour le sociologue-communicateur, M. Alou Aye, plusieurs facteurs socioculturels et psychologiques favorisent le gavage de la femme dans la société. « Par exemple, dans la culture nigérienne ou au sein de certaines ethnies, le fait d’être obèse est perçu comme un signe de réussite. Chez les femmes en particulier, la prise de poids est souvent encouragée par les hommes, dont les préférences vont généralement vers des femmes rondes, car pour eux, la rondeur représente la beauté. C’est cette mentalité qui pousse certaines femmes à consommer des médicaments ou des aliments afin de grossir et plaire à leur mari. Il existe également des cultures où la femme qui accouche doit sortir de la quarantaine avec un certain poids. Là encore, cette pratique favorise la survenue du surpoids », a-t-il expliqué.
Perception du gavage de la femme dans la tradition Zarma-Sonray
Selon la tradition Zarma-Sonray, toute femme qui attache son pagne et que celui-ci couvre le corps de l’arrière vers l’avant, avec parfois des traînes au sol, n’est pas une femme digne de ce nom. D’après les explications de la traditionaliste Aissatou Adamou, connue sous le nom de « Zarma gna », la femme corpulente a une grande valeur aux yeux de son mari, car c’est à travers sa rondeur que la communauté juge que ce dernier prend bien soin de son épouse.
Cette prise de poids, poursuit-elle, est célébrée dans la tradition Zarma-Sonray après les récoltes champêtres. « Cette fête consiste à choisir des femmes qui maîtrisent bien cette tradition et qui se sélectionnent entre elles pour le grand jour. Il s’agit d’une sorte de compétition qui pousse chacune d’entre elles à bien se nourrir et à se gaver durant trois mois afin de répondre aux critères de l’embonpoint. Mais il existe aussi des femmes qui, malgré cette mise à l’épreuve, restent presque inchangées. Ce n’est pas grave ; l’essentiel est la volonté qu’elles manifestent pour aller de l’avant », a-t-elle précisé.
Cependant, ajoute-t-elle, cette tradition est de plus en plus délaissée ces dernières années pour plusieurs raisons. « Les maladies et l’insécurité sont venues freiner cette pratique. Vous savez mieux que quiconque que, ces dernières années, la région du fleuve est confrontée à des problèmes de sécurité. Des familles sont endeuillées, ce qui n’encourage pas l’organisation de festivités », a-t-elle indiqué.
Toutefois, comme le dit l’adage, « l’excès en toute chose est nuisible ». Il est donc important que les femmes qui s’adonnent à cette pratique prennent conscience des conséquences qu’elle peuve engendrer sur leur santé.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
