Notre reporter avec Dr Salissou Maman, nutritionniste
La malnutrition est un défaut d’apport alimentaire quantitatif, qualitatif ou les deux à la fois. Elle est un déséquilibre entre les apports alimentaires, et les besoins de l’organisme appelé ‘’besoins nutritionnels’’. Pour un développement harmonieux, les apports alimentaires doivent être égaux aux besoins nutritionnels. Lorsque les apports alimentaires sont supérieurs aux besoins de l’organisme, on assiste à la surnutrition, le surpoids et l’obésité qui sont aussi d’autres formes de malnutrition. Quand les apports alimentaires sont inférieurs aux besoins de l’organisme, c’est une sous-nutrition, appelé ‘’malnutrition, sous-nutrition’’, résultante de plusieurs facteurs.
La surnutrition et la sous-nutrition sont les deux principales formes de la malnutrition. Selon les explications données par Dr Salissou Maman, nutritionniste, la surnutrition (surpoids, l’obésité), est une autre forme de malnutrition. Pour la sous-nutrition, on peut citer : la malnutrition aiguë, la malnutrition chronique et l’insuffisance pondérale. La malnutrition aiguë survient quand un enfant qui est en bonne santé contracte une maladie, par exemple le palu ou la diarrhée. Et en peu de temps, il bascule dans la malnutrition. C’est la forme la plus grave qui conduit au décès si rien n’est fait. L’organisme a besoin de glucides, de lipides, de protéines, de vitamines et de minéraux. S’il en manque, il peut y avoir malnutrition. Si les vitamines et les minéraux manquent aussi, on parle de carences alimentaires.
Quant à la malnutrition chronique, elle survient lentement, lorsque les besoins nutritionnels de l’enfant ne sont pas couverts. Petit à petit, il développe la malnutrition chronique, qui est une des formes les plus fréquentes et qui touche plus d’un enfant sur deux au Niger. Quant à l’insuffisance pondérale, elle est peu fréquente parce qu’on la détermine en faisant le rapport poids-taille. Le poids de l’enfant par rapport à son âge, c’est un paramètre qui est utilisé, surtout dans les formations sanitaires dans le cadre de la consultation du nourrisson.
Parlant des principales causes de la malnutrition, Dr Salissou Maman relève que c’est lorsque l’apport alimentaire est inadéquat. « Les besoins nutritionnels d’un enfant sont estimés à 2 000 kilocalories, s’il n’arrive pas à les avoir, il bascule dans la malnutrition. Certaines maladies et le non-respect de l’allaitement maternel exclusif peuvent aussi être les causes de la malnutrition. La consommation de l’eau non potable introduit facilement des micro-organismes dans le corps de l’enfant et il devient malade. Si les conditions d’hygiènes élémentaires (alimentaire, vestimentaire et corporelle) ne sont pas respectées, facilement on tombe malade.
Les conséquences de cette maladie sont d’après le nutritionniste, nombreuses. Dans un premier temps, les enfants malnutris sont physiquement et intellectuellement faibles. Un enfant malnutri ne peut pas développer toutes ses capacités, toutes ses facultés intellectuelles. A la naissance, le cerveau de l’enfant n’est pas bien formé. Il y a des fissures au niveau du cerveau. C’est la raison pour laquelle les agents de santé recommandent la consommation du premier lait ‘’le colostrum’’, qui contient des anticorps et des substances nutritives. La consommation de ce premier lait nettoie l’estomac de l’enfant. « Quand l’enfant reçoit le lait maternel qui contient tous les éléments nutritifs, il va évoluer normalement. Mais si on lui donne autre chose à la place du lait maternel, même si c’est de l’eau, une louche, ça peut remplir l’estomac de l’enfant qui est petit et couper l’appétit pour le lait maternel. L’organisme de l’enfant travaille avec les anticorps maternels. Il n’a pas encore commencé à développer ses propres anticorps. Même pour se défendre contre les agressions extérieures, les maladies, c’est avec les anticorps qu’il reçoit à travers le lait maternel. Si on lui donne autre chose, ça va facilement entraîner la maladie, le ballonnement abdominal, la diarrhée », explique le nutritionniste.
Au Niger, le taux de prévalence de la malnutrition aiguë est élevé. « Selon les résultats de l’enquête SMART, les résultats étaient de 12,2%. Alors que selon l’Organisation mondiale de la santé, en ce qui concerne la malnutrition aiguë, il doit être inférieur à 5%. Au-delà, ce n’est pas acceptable ; quand ça atteint 15% c’est même l’urgence qui est déclarée », rappelle M. Salissou Maman.
Lutte contre les causes sous-jacentes
Malheureusement, déplore-t-il, dans certaines régions notamment : Maradi, Zinder, Diffa et Tillabéri, même lorsque les récoltes sont bonnes, la prévalence dépasse toujours les 10%, ce qui est grave. Pour réduire au minimum la prévalence de la malnutrition, il faut nécessairement lutter contre la pauvreté. C’est la raison pour laquelle on essaie de lutter contre les causes sous-jacentes (hygiène, approvisionnement en eau potable) de cette maladie. « On garde l’espoir, il y a de la volonté au niveau des autorités sanitaires. Nous continuons à lutter contre ce fléau qui empêche nos enfants de bénéficier de toutes les potentialités », conclu le nutritionniste.
Prise en charge du problème
Selon les explications de la responsable du CRENAM/CRENAS du Centre de Santé Intégré (CSI) Madina, Mme Boubacar Chékaraou Rachida, la prise en charge de la malnutrition se fait en fonction des critères. Par exemple au CSI Madina, ce sont les malnutris modérés et les malnutris sévères qui sont pris en charge. Si l’enfant présente les critères d’admission au CRENAM, la prise en charge est faite à base de la farine fortifiée. Normalement, dans le protocole, c’est à base de ‘’plumpy sup’’ et nous demandons à la maman d’allaiter fréquemment son enfant, de lui donner des aliments en fonction de l’âge. Parce qu’il y a des aliments que l’enfant doit prendre (6 à 9 mois), et celui de (9 à 12 mois). Pour le cas des enfants atteints de la malnutrition modérée, on apprend aux parents la démonstration diététique, afin qu’ils respectent le dosage des aliments enrichis pour bien nourrir l’enfant. Il s’agit des aliments quatre étoiles : des glucides, protides, lipides et les sels minéraux. La mère doit tout faire pour que ces quatre étoiles soient dans l’alimentation de l’enfant. Cependant, si l’enfant présente les critères de la malnutrition sévère, toutes les conditions sont réunies pour la prise en charge du traitement systématique.
Parmi les deux cas de malnutrition, souligne-t-elle, c’est la malnutrition aigüe sévère qui est plus fréquente au niveau de ce centre. « On enregistre beaucoup plus de cas de malnutris sévères que de malnutris modérés, généralement, ça atteint l’enfant de façon inattendue. Quand l’enfant est dans la phase de la malnutrition modérée, et que rien n’est fait le plus tôt possible, il va basculer dans la malnutrition sévère », explique-t-elle. Pour ce qui est du défi, il est surtout lié au respect de la prise en charge car les mamans partagent souvent la ration de l’enfant avec celui de la voisine.
Témoignages des mamans
La fille aînée de Mme Rahina Amadou a été victime de malnutrition. « C’était un enfant bien potelé, Ma Shaa Allah quand elle était petite, parce qu’à six mois, elle pesait déjà dix (10) kg. Au tout début, elle avait piqué une crise de paludisme. Malgré les traitements suivis, elle ne fait que régresser. Entre sept (7) et neuf (9) mois, elle a commencé à perdre du poids. La maladie s’est aggravée, c’est arrivés au CHU qu’on nous a informés qu’elle souffre de la malnutrition sévère (elle était dans le coma pendant 48 heures). C’était au niveau de la tête qu’on lui place le cathéter avant d’introduire le sérum, et c’est à travers une seringue qu’on arrive à la nourrir. Après notre retour à la maison, je partais de temps en temps pour lui prendre de ‘’plumpy’’. La malnutrition a beaucoup joué sur elle, parce qu’elle avait fait deux ans avant qu’elle ne commence à marcher. La malnutrition lui a laissé des séquelles, parce qu’elle oublie trop vite », confie la maman avec regret.
La malnutrition a débuté pour la petite Roukeya par la diarrhée, des vomissements, des selles blanches avec la présence de glaire, des urines foncées. « Elle pleurait de douleur en urinant. Elle a été hospitalisée au CHU pendant une semaine, on l’alimentait avec du lait à l’aide d’une seringue. Elle recevait également de l’eau mélangée à du sel et un peu de sucre (SRO), des vitamines injectables. Maintenant, elle va beaucoup mieux, elle a reçu les meilleurs soins », explique Balkissa Adamou, la maman de Roukeya.
Farida. A. Ibrahim (ONEP)
