Mme Oumarou Fadjimata Souley
Au Niger, depuis le mois de juillet, la saison des pluies s’est définitivement installée, notamment au niveau de Niamey, où les précipitations sont devenues diluviennes. Cette année, les services de la météorologie ont annoncé de fortes pluies sur l’ensemble du pays, laissant présager de bonnes récoltes et une abondance de céréales. Dans cet entretien, la Directrice Régionale de l’Agriculture de Niamey nous éclaire sur la situation de l’installation de la campagne agricole dans la région.
Madame la Directrice Régionale, la saison des pluies s’est progressivement installée à travers le pays. Quelle est, à la date d’aujourd’hui, la situation de la campagne agricole 2025 au niveau de la région de Niamey ?
La campagne agricole 2025 a connu un léger retard de l’installation par rapport à l’année 2024. En effet, les premières pluies utiles (20 mm) ont été enregistrées à la deuxième décade du mois de juin contrairement à l’année 2024 où elles ont été enregistrées à la troisième décade du mois de mai. Ces premières pluies ont permis d’effectuer des semis de mil au niveau de 42 villages des cinq Arrondissements Communaux (AC).
Les semis du mil, du sorgho et des autres spéculations sont effectifs à la première décade de mois de juillet au niveau des 46 villages que compte la région marquant une installation définitive avec un taux de réalisation de 100 %.
La situation pluviométrique a été marquée par des faibles précipitations bien réparties dans le temps et dans l’espace qui ont permis un développement végétatif satisfaisant des cultures (50% des postes pluviométrique suivis sont excédentaires).
Sur le plan phénologie, à la date du 31 juillet 2025, le stade le plus avancé pour le sorgho est la montaison observée au niveau de l’ACN II, le stade le plus dominant pour le mil et le sorgho au niveau de la région est le tallage observé dans tous les Arrondissements Communaux et le stade le moins avancé est la levée avancée.
En ce qui concerne la situation phytosanitaire, elle est marquée par des attaques d’insectes, des chenilles d’ampleur moyenne très vite maîtrisées grâce à la disponibilité des produits phytosanitaires. Au total, 326 ha ont été infestés dont 256 ha ont été traités soit un taux de couverture de 78,53%.
La situation alimentaire est caractérisée par une baisse des prix des céréales par rapport à la même période de 2024.
Au 31 juillet 2025, aucun phénomène exceptionnel susceptible d’affecter les cultures n’a été observé au niveau de la région.
S’agissant de l’appréciation qualitative de la campagne, deux hypothèses peuvent être avancées au regard du stade actuel des cultures. Ainsi, si les pluies s’arrêtent au 15 septembre 2025, la région enregistrera globalement, une production de 96% de moyenne à bonne ; si les pluies s’arrêtent au 30 septembre 2025, la région enregistrera globalement une production de 100% de moyenne à bonne.
Du point de vue de la situation des villages à risque, au 31 juillet 2025, la région n’a enregistré aucun village à risque.
Quels sont les efforts déployés par votre direction pour accompagner les producteurs ?
Plusieurs actions majeures visant l’amélioration de la production agricole ont été menées par les services régionaux et communaux de la Direction Régionale de l’Agriculture au profit des producteurs. Il s’agit principalement de la mise en place auprès des producteurs, des intrants mis à disposition par l’Etat (semences, engrais et produits phytosanitaires) ; les campagnes d’information et de sensibilisation préparatoires à l’installation de la campagne pluviale ; le suivi et l’encadrement rapproché dans les différents stades de développement des cultures ; la vulgarisation des technologies avec l’approche Champ École Agro-Pastoral (CEAP) qui a touché 286 producteurs dont 131 femmes des cinq Arrondissements Communaux ; la formation de 287 producteurs agricoles dont 90 femmes et 259 producteurs maraîchers dont 81 femmes sur les techniques agricoles ; la formation de 214 producteurs dont 46 femmes à l’utilisation du biopesticide à base de grains de neem et du biofertilisant à base de bactérie.
En outre, l’appui-conseil aux producteurs des cinq Arrondissements Communaux qui couvre l’ensemble des 46 villages agricoles de la région, se poursuit tout au long de la campagne pluviale 2025 en vue de permettre, une bonne campagne agricole au niveau de la Région de Niamey.
Madame la Directrice, quels conseils avez-vous à donner aux agriculteurs pour une bonne campagne agricole ?
La campagne étant déjà installée, nos services donnent des conseils d’usage aux producteurs, pendant et après chaque campagne pluviale. Ainsi, nous recommandons aux producteurs de poursuivre les activités aratoires (à temps) appropriées à chaque culture pour améliorer la productivité ; d’apporter un appui en fertilisant sur les cultures (surtout les céréales) pour tenir compte, du retour intensif des pluies depuis la première décade du mois d’Août ; de surveiller l’apparition et la progression des ennemies des cultures et en rendre compte, éventuellement, à nos services de proximité sur le terrain sans délai ; d’organiser des lâchers Habro bracon hebetor (insecte prédateur de la mineuse de l’épi du mil) dans les zones reconnues d’infestation par ce prédateur.
En vue justement d’accompagner les producteurs, l’Etat a créé les Maisons du Paysan. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs l’état de fonctionnement de celles situées dans la région de Niamey ?
Permettez-moi, tout d’abord, de rappeler que la région de Niamey dispose de deux (2) maisons du Paysan implantées au niveau du village de Tondi Koirey dans l’ACNI et du village de Yawaré dans l’ACNV.
L’état de fonctionnement de ces Maisons du Paysan est satisfaisant. En effet, toutes les deux Maisons du Paysan sont fonctionnelles et plus spécifiquement, les quatre composantes qui forment ces infrastructures agricoles sont entièrement opérationnelles. Il s’agit du Magasin de stock de sécurité alimentaire, de la centrale communale d’approvisionnement en intrants agricoles, de la Centrale communale d’approvisionnement en aliments pour bétail et du Centre de réparation et de location de matériel et équipements agricoles.
Chacune de ces quatre composantes est gérée par un comité de gestion spécifique qui rend compte directement aux Administrateurs Délégués des ACN1 et 5. Ces Comités de gestion spécifiques sont également opérationnels et supervisés par un coordonnateur nommé par l’Administrateur Délégué de la Ville de Niamey.
Les Comités de gestion fournissent un accompagnement et des appuis-conseils pour une utilisation optimale des intrants aux Organisations de Producteurs (OP), aux organisations d’Eleveurs en ce qui concerne les intrants zootechniques et vétérinaires. Ils offrent également des prestations pour l’entretien et la réparation du matériel et des équipements, la formation et la location du matériel et des équipements.

La situation actuelle de la disponibilité des stocks au niveau de ces quatre composantes se présente comme suit : au niveau du Magasin de stock de sécurité alimentaire (MSSA), nous disposons de 82 T de céréales (Mil Maïs et Riz) à Tondi Koirey et 34,2 T de céréales (Mil Maïs et Riz) à Yawaré ; au niveau de la Centrale communale d’approvisionnement en intrants agricoles (CAIA) l’Etat a mis à disposition 548 tonnes d’engrais sous forme de subvention ciblée, distribuées a plus de 80% aux producteurs ; au niveau de la Centrale communale d’approvisionnement en aliments pour bétail (CAAB), nous disposons de 14,7T d’Aliments pour le Bétail à Tondi Koirey et 9,75T à Yawaré et au niveau du Centre de réparation et de location de matériels et équipements agricoles, nous avons 8 motoculteurs, 12 houes asines et bovines, 7 charrettes 10 broyeurs, 5 brouettes au niveau de la Maison du Paysan de Yawaré. Ces matériels nécessitent des réparations à prévoir chaque fois que de besoin.
Propos recueillis par Salima H. Mounkaila (ONEP)
