Au Village artisanal de Niamey, Mme Zeinabou Souley Sanda, une couturière dans la cinquantaine, force l’admiration par son engagement entrepreneurial et sa créativité. Cette promotrice d’atelier de couture donne vie et forme à son imagination à travers des dessins sophistiqués, un cachet tout particulier, qu’elle applique à ses articles. Sa passion pour la couture, qu’elle pratique depuis 1999, lui permet de transformer des étoffes en splendides draps brodés prêts à la vente et à l’usage.
Assise, derrière une machine à coudre, la tête couverte d’un hijab gris, elle travaille un grand tissu de couleur rose. L’espace de travail de Mme Zeinabou Souley Sanda est meublé de plusieurs machines à coudre. Leur ronronnement donne le tempo aux couturiers toutes les journées. Dans un coin de l’atelier est assise sur un grand tapis une apprentie qui dessine avec délicatesse des motifs renversants sur un coupon de drap. Pour la tâche, elle utilise une feuille de calque pour reproduire avec précision les motifs. Dans cet atelier, la modernité remplace la tradition, certaines tâches manuelles sont désormais facilitées par la précision des machines. Des broderies fines, élégantes, sophistiquées en plusieurs couleurs sont proposées à la clientèle.
Mme Zeinabou Souley Sanda fait partie des femmes qui ont pris leur destin en main par le travail au quotidien. Avec une seule machine au début, ses efforts ont progressivement porté leurs fruits. Aujourd’hui, grâce à sa persévérance et à la demande du marché, elle dispose de plusieurs machines et d’employés qui l’aident à réaliser ses draps. « Avec les machines, le travail est plus simple. En un temps record, on peut confectionner un drap. La broderie des draps est une passion. Chaque création me procure du bonheur, je suis satisfaite du résultat », a martelé l’entrepreneure.
Pour la confection, elle achète au marché des rouleaux de tissu de plusieurs couleurs qu’elle découpe pour en faire des draps selon la demande. « Nous ne faisons que des draps de trois places avec leurs taies. C’est rarement qu’on reçoit des commandes pour faire des draps de deux places », a indiqué la cheffe d’entreprise.
Dans un monde dominé par la concurrence des articles importés, elle est fière de ses créations qui sont, selon elle, uniques, remarquables et de bonne qualité. « Par la grâce de Dieu, notre travail se passe bien et on contribue beaucoup dans l’évolution des femmes qui en retour font pareil », soutient la créatrice.
Ces draps de lit sont vendus entre 12 000 et 15 000 FCFA, avec une différence du prix selon les motifs et la qualité de tissu. « C’est un travail qui requiert une grande imagination ainsi qu’un sens élevé de la créativité. Les motifs sont soigneusement conçus par moi-même et mes apprentis. Au tout début de notre activité, nous avons eu des difficultés liées à la cherté des matériaux. Mais maintenant, tout se déroule pour le mieux », a fait savoir l’entrepreneure.
Selon ses explications, les jeunes filles sont de plus en plus motivées à se lancer dans l’entreprenariat. « A Niamey, grâce aux financements de certains projets, j’ai formé beaucoup de jeunes dans le domaine de la broderie. Plus de 70 personnes formées sont aujourd’hui en mesure de se prendre en charge et être des cheffes d’entreprise », a souligné la formatrice qui appelle les autorités à porter une attention particulière aux initiatives des femmes.
Les draps brodés à la machine, aux motifs raffinés sont très prisés dans les foyers. Ils apportent une touche originale et moderne à la chambre. Au cours des cérémonies de mariage et baptême, les parents, amies et connaissances font le plus souvent cadeau de ces draps à la jeune mariée ou la maman. « Je préfère plus les draps brodés vendus ici. Ils sont résistants et très beaux », a confié Mme Nafissa, une dame habituée à acheter les draps brodés rencontrée sur place. Pour beaucoup de femmes, ces couvertures ont un lien avec le savoir-faire des femmes nigériennes tout en embellissant leur espace de vie. « Quand je les étends sur mon lit, j’ai l’impression d’apporter de la beauté dans mon quotidien », témoigne la cliente.
Fatiyatou Inoussa (ONEP)
