Artiste Salih Boukhar Mohamed au micro de notre reporter
Âgé seulement de 27 ans, M. Salih Boukhar Mohamed est un jeune nigérien qui a choisi de transformer sa passion en une activité génératrice de revenu. Diplômé en économie et finance international, il a décidé de prendre son destin en main en tournant le dos à sa spécialité pour se consacrer au « string Art », ou «l’art des fils tendus», une forme d’art encore peu connue au Niger. Il réalise à travers des clous, du bois et des fils de coton, des œuvres originales.
Les coups des marteaux sur les planches du bois et les fils soigneusement tendus donnent vie à des tableaux et logos impressionnants. « La technique qu’on utilise, on l’appelle du string art, donc l’art filaire. C’est sont des clous qu’on plante sur du bois et qu’on relie avec du fil », explique M. Salih Boukhar Mohamed avec modestie. C’est un travail qui demande patience, exigence précision et créativité. Il n’a jamais fréquenté une école des arts. Après son baccalauréat Mohamed quitte le Niger pour le Maroc où il a poursuivi ses études universitaires à Marrakech. Il a obtenu son master en ingénierie financière après trois années consacrées à l’économie et à la finance internationale. De retour au Niger, ce jeune a préféré s’adonner à des créations artistiques. «Les stages, les entreprises, cela ne m’a jamais intéressé », confie-t-il.
Ainsi, il a développé une passion pour le bricolage et les créations artistiques. Au tout début il fabriquait de petits objets en carton destinés à la décoration intérieure. Ses proches femmes surtout commençaient alors a apprécié et lui demandaient souvent des créations personnalisées pour décorer leurs maisons. Dans la dynamique de bien faire les choses il a découvert progressivement le string art grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes d’inspiration visuelle. « Je faisais toujours des recherches pour améliorer la qualité de mes œuvres et avoir des nouvelles idées. J’étais tombé sur des vidéos des personnes qui ont réalisé des figures géométriques à l’aide des fils et des clous. Le rendu était vraiment intéressant », a-t-il dit. Impressionné par la simplicité des matériaux utilisés pour le travail et la beauté du produit fini, il a décidé de se lancer lui-même dans cette aventure.
Une passion, un business
Sa première œuvre réalisée qui a marqué un tournant décisif était le logo de l’Amical des Anciens Enfants de Troupe. Ce tableau a attiré rapidement l’attention de certaines Institutions et du grand public. Motivé par les réactions positives suscitées par son œuvre, il a décidé de travailler davantage pour gagner encore plus du marché en proposant ses créations à des structures et institutions. C’est ainsi qu’il a réalisé un imposant tableau destiné au Ministère du Tourisme et de l’Artisanat, une œuvre qui lui a pris dix-huit (18) jours d’intense travail.
Il a présenté ce tableau le samedi 28 février 2026 lors de la cérémonie d’ouverture de la 33è édition de la journée nationale de l’Artisanat au Village Artisanal de Niamey. Salih Boukhar Mohamed a reçu des réactions qu’il n’a pas imaginées. « L’accueil qui m’a été réservé m’a beaucoup encouragé à aller de l’avant », a-t-il affirmé. Pour lui, le soutien et l’intérêt manifestés par certaines personnalités constituent une véritable source de motivation. « Mes œuvres sont plus destinées aux entreprises, aux institutions, plutôt qu’à une décoration de maison. Ce qui m’a vraiment intéressé, c’est la simplicité dans le processus. Des clous, des fils de coton, du bois, de la colle, une agrafeuse et un marteau et on réalise de très belles choses », dit-il avec fierté.
Salih Boukhar a débuté réellement cette activité en septembre 2025. À cette date il a réalisé plus d’une vingtaine de tableaux tous sur commande. Aujourd’hui encore les commandes se multiplient doucement grâce aux vidéos et images diffusées sur les réseaux sociaux. Ces œuvres attirent désormais plus d’institutions et Associations qui s’intéressent plus aux œuvres originales pour leurs espaces. L’entrepreneur lance un appel à l’endroit de la jeunesse nigérienne dans un contexte où beaucoup des diplômés attendent toujours l’Etat, c’est-à-dire le recrutement dans la fonction publique. Il encourage les jeunes à entreprendre, à l’initiative personnelle. Il ne faut pas attendre un capital important, il faut débuter avec le peu qu’on a et surtout avoir confiance en soi et ce qu’on fait. « Il faut prendre l’initiative et se dire que je veux réussir », insiste-t-il.
Pour attirer l’attention de la jeunesse, il s’appuie sur le Hadith du Prophète, Paix et Salut sur Lui qui dit que « la main qui donne est meilleure que celle qui reçoit ». Une façon pour lui de rendre hommage à ceux qui entreprennent et créent des emplois plutôt que d’attendre un recrutement à la Fonction Publique et de grandes entreprises.
Aïchatou H. Wakasso (ONEP)
