Colonel Badoua Kalla, directeur régional de l’Environnement et de la lutte contre la désertification de Tillabéri
Dans la région de Tillabéri, les effets conjugués du changement climatique, de la pression démographique, de la coupe abusive du bois et du surpâturage contribuent fortement à la dégradation progressive des terres et à la raréfaction du couvert végétal. Dans ce contexte d’urgence climatique, le bois qui porte le nom du héros Oumarou Karma constitue une contribution dans les efforts pour inverser la tendance. Un an après son lancement, ce site de 40 hectares ayant bénéficié de travaux de captage des eaux de ruissellement affiche des résultats encourageants, même si plusieurs défis restent à relever pour garantir sa pérennité.
Le bois « Oumarou Karma », dès son aménagement, a bénéficié de travaux visant à capter les eaux de ruissellement. Ces ouvrages de conservation des eaux et des sols permettent de limiter l’érosion, de retenir l’humidité et de créer les conditions favorables au développement des espèces forestières plantées.
Selon le directeur régional de l’Environnement et de la lutte contre la désertification de Tillabéri, le Colonel Badoua Kalla, 12 520 plants ont été mis en terre lors de la campagne 2025, avec une priorité accordée au baobab, choisi arbre de l’année. Ce choix, dit-il, répond à la volonté des autorités de promouvoir une espèce emblématique, reconnue tant pour sa résistance aux aléas climatiques que pour ses multiples usages alimentaires, médicinaux et économiques.
Les évaluations réalisées par les services techniques montrent que près de 70 % des plants ont survécu. Pour le Colonel Badoua Kalla, ce taux est largement satisfaisant au regard des contraintes auxquelles le site a été confronté au cours de sa première année d’existence. Les observations effectuées sur le terrain indiquent également que la végétation installée a déjà permis une production de biomasse estimée à plus de 300 tonnes, un indicateur qui traduit une amélioration progressive de la couverture végétale et de la fertilité des sols.
Au-delà des chiffres, le Colonel Kalla estime que ces premiers résultats démontrent la pertinence des investissements consentis dans la restauration des terres dégradées. « En favorisant le retour de la végétation, le bois régional contribue progressivement à réduire les effets de l’érosion, à améliorer l’infiltration des eaux de pluie et à créer un environnement plus favorable au maintien de la biodiversité », a-t-il expliqué.

Toutefois, ces acquis demeurent fragiles. Le bois « Oumarou Karma » ne dispose toujours pas d’une clôture de protection, ni d’un réseau d’adduction d’eau facilitant l’arrosage des jeunes plants pendant les périodes de forte chaleur. Le site ne dispose pas non plus d’un gardien permanent chargé d’assurer sa surveillance quotidienne.
Malgré ces insuffisances, le projet a pu être préservé grâce à l’implication des populations de la commune rurale de Karma. « Dès les premières opérations de plantation, les communautés riveraines se sont mobilisées pour assurer la surveillance volontaire du site. Cette appropriation communautaire a permis de limiter les dégradations et de protéger les jeunes plants contre plusieurs menaces », a souligné le directeur régional. Cette participation active des communautés, a-t-il dit, confirme que la réussite des opérations de reboisement dépend aussi bien de l’engagement des populations que des moyens techniques mobilisés.
Consolider les acquis
Conscients des défis qui subsistent, les services régionaux de l’environnement envisagent plusieurs actions pour consolider les acquis. Des opérations de regarnissage seront menées afin de remplacer les plants faillis. Les campagnes de sensibilisation seront également renforcées pour encourager les populations à poursuivre leurs efforts de protection des arbres. Parallèlement, les responsables plaident pour la construction d’une clôture, la mise en place d’un système d’alimentation en eau et le renforcement du dispositif de gardiennage afin de sécuriser durablement le site.

Le Colonel Badoua Kalla a également indiqué que la célébration de la Journée nationale de plantation d’arbres ne doit pas être perçue comme une simple cérémonie annuelle, mais comme un moment de mobilisation en faveur d’un engagement durable. « Notre objectif est d’amener chaque citoyen à participer activement au reboisement, non seulement le 3 août, mais également tout au long de l’année dans les concessions, les écoles, les villages et les espaces communautaires », a-t-il expliqué.
À l’approche de la célébration de l’édition 2026 dans le département de Gothèye, le bilan enregistré au bois « Oumarou Karma » apparaît ainsi porteur d’espoir. Malgré les contraintes, les résultats obtenus montrent qu’avec une bonne implication des communautés, un suivi technique régulier et des investissements ciblés, les initiatives de restauration des terres peuvent produire des effets plus concrets et contribuer durablement à la lutte contre la désertification dans la région de Tillabéri.
Adamou I. Nazirou
ONEP Tillabéri
