La célébration du centenaire de la ville de Niamey est un évènement exceptionnel. Elle nous invite non seulement à regarder le chemin parcouru depuis l’émergence de la capitale, mais également à réfléchir à son avenir. Un centenaire n’est pas seulement un moment de mémoire. C’est aussi un rendez-vous avec le futur.
Parmi les nombreuses activités inscrites au programme de cette commémoration, le Mois Vert apparaît comme l’une des initiatives les plus porteuses d’espoir. À travers cette campagne de plantation d’arbres, les autorités de la ville rappellent que l’environnement n’est pas une préoccupation secondaire, mais une composante essentielle du développement urbain. Après plus de trente années consacrées à la planification, à l’aménagement et au développement de Niamey, je voudrais apporter ma modeste contribution à cette réflexion.
Niamey doit retrouver sa vocation de «Sahélienne verte»
Pendant longtemps, Niamey a été connue et admirée comme la « Sahélienne verte ». Cette appellation résultait d’une politique volontariste de plantation d’arbres et de la présence de vastes alignements végétaux le long des avenues.
Malheureusement, l’abandon de nombreux programmes de plantation d’alignement, la pression foncière, l’étalement urbain mal maîtrisé, l’occupation anarchique du domaine public et la réduction progressive des espaces réservés à la végétation ont contribué à la dégradation du patrimoine végétal de la ville.
Retrouver le statut de « Sahélienne verte » doit devenir un objectif stratégique pour le deuxième siècle de la capitale.
Mon expérience à guesse
Dans mon village natal de Guesse, commune rurale de Simiri, département de Ouallam, j’ai créé un arboretum afin de préserver et valoriser les espèces végétales locales. J’y ai vu croître avec succès le Kigelia africana, le néré, le prunier du Sahel, le tamarinier, le baobab, le Djédjé, le jujubier africain, le Vitex doniana et bien d’autres espèces encore. Cette expérience démontre que la disparition de certaines espèces n’est pas une fatalité et qu’une politique volontariste de conservation peut produire des résultats remarquables.
Le mois vert : une école de la souveraineté nationale
Le Mois Vert ne doit pas être réduit à une simple opération de plantation. Il doit devenir une grande campagne de sensibilisation et de réappropriation de notre patrimoine végétal. Chaque arbre planté devrait être identifié par son nom local, son nom scientifique et ses usages. Les écoles, les universités, les médias et les collectivités devraient être associés à cet effort. Une nation souveraine est une nation qui connaît ses ressources, qui les protège et qui les valorise. Nos arbres font partie intégrante de cette richesse.
Faire de Niamey la capitale des espèces d’arbres du Niger
Je souhaite que Niamey devienne non seulement la capitale politique et administrative du Niger, mais également la capitale des espèces d’arbres du Niger. Que ses avenues accueillent les espèces emblématiques de toutes les régions du pays. Que ses espaces verts deviennent des conservatoires vivants de la biodiversité nationale
Leçons du fleuve, leçons des arbres
Comme Niamey a progressivement tourné le dos à son fleuve avant de prendre conscience de son importance stratégique, elle ne doit pas aujourd’hui tourner le dos à son patrimoine végétal. Le centenaire nous offre une occasion historique de corriger cette trajectoire et de renouer avec l’ambition qui avait fait de Niamey une référence environnementale dans l’espace sahélien. Si nous réussissons ce pari, nous n’aurons pas seulement planté des arbres. Nous aurons restauré une identité, transmis un héritage et renforcé notre souveraineté environnementale.
L’arbre que nous plantons aujourd’hui est un héritage que nous léguons au Niger de demain.
Par Adam Abdou
Urbaniste, ancien haut cadre de la Ville de Niamey, ancien Coordonnateur de la Cellule Urbanisme, ancien Directeur Général des Services Techniques Municipaux, ancien Directeur Général du Développement et de la Prospective et ancien Directeur de la Gestion Foncière et de l’Aménagement Urbain.
