Des vendeurs à la sauvette au bord d’une rue animée
À Niamey, aux abords du Grand Marché et des artères principales du marché Wadata, une activité économique abondante se déploie chaque jour sous le soleil ardent. Sur les trottoirs, le long des routes, entre les klaxons des taxis et les motos qui slaloment, des centaines de jeunes et de femmes proposent fruits, vêtements, hijabs, bijoux, gadgets électroniques ou encore denrées alimentaires sur les lieux. Ces revendeurs informels, souvent appelés « vendeurs à la sauvette », constituent un maillon essentiel de l’économie urbaine, mais évoluent dans des conditions particulièrement difficiles.
Dès les premières heures de la matinée, une armée d’hommes, de femmes et d’enfants envahit les abords des routes à la recherche de leur subsistance. Ibrahim Agali, un jeune rencontré en plein travail, porte une dizaine de hijabs posés sur ses épaules. Il explique que ce commerce est sa seule issue pour se nourrir et soutenir financièrement sa famille restée au village.
A quinze (15) ans, il cumule déjà quatre années d’expérience dans la vente à la sauvette, avec une prédilection pour les hijabs. « Ma famille m’avait envoyé en ville pour apprendre le Coran, mais avec le temps je me suis retrouvé dans ce commerce », a-t-il affirmé d’un ton innocent. Aujourd’hui, il travaille sous la coupe d’un « patron » et gagne des revenus en fonction de son chiffre d’affaires journalier.
Le flux constant de passants offre certes des opportunités, mais il expose aussi ces vendeurs à de multiples risques. Abdourahamane Idé, un jeune qui exerce sur la voie publique aux alentours du grand marché, se tient devant ses articles étalés sur un sac posé à même le sol. Il témoigne avoir été déjà percuté par une voiture en essayant de traverser le goudron. « On reste debout toute la journée, sans abri. Parfois, j’ai des maux de tête, des vertiges, mais je dois supporter car j’ai une famille à nourrir », confié le jeune vendeur ambulant.
Malgré les difficultés, les revendeurs font preuve d’une grande capacité d’adaptation. Certains diversifient leurs produits en fonction de la demande, d’autres changent régulièrement d’emplacement pour toucher plus de clients. La solidarité joue également un rôle important dans ce milieu où la vie se fait au jour le jour. Mais cette solidarité ne suffit pas toujours à compenser l’absence de protection sociale. « Si je tombe malade, je reste chez moi. Et ce jour-là, je ne gagne rien et cela me fait très mal parce que j’imagine le nombre de clients que je peux avoir pendant cette journée perdue », explique Abdourahamane Idé.
Mme Mariama Garba, une cliente, explique se ravitailler chez ces jeunes à cause des prix bas qu’ils pratiquent. « Il ne s’agit pas de supprimer ces activités, mais de les organiser parce que c’est une question de dignité et de justice sociale. Ces jeunes n’ont pas d’autres issues et ce sont leurs seuls moyens de se nourrir, à la sueur de leur front », a-t-elle souligné.
Mais au-delà des étals fixes, une autre catégorie de revendeurs attire l’attention, surtout aux abords du marché Wadata. Des hommes parcourent inlassablement les routes toute la journée avec des marchandises en main. Ils vendent des légumes et quelques tubercules dans des sachets plastiques. Marcher pendant près de dix heures, souvent sans alimentation régulière, ni hydratation suffisante, met la santé de ces hommes à rude épreuve. « Il m’arrive d’avoir des douleurs aux jambes et au dos, Mais je n’ai pas le choix. C’est ce travail qui me fait vivre », déclare M. Dan yazi Sani.
Malgré ces conditions éprouvantes, les vendeurs continuent d’exercer, portés par la nécessité de s’autosuffire et de subvenir aux besoins de leurs familles. Leur présence incessante dans la circulation est devenue une composante familière du paysage urbain de Niamey, révélatrice d’une économie informelle aussi dynamique que précaire.
Hafissatou Mounkaila
(Stagiaire)
