Elhadji Sadi, fermier avec notre reporter (à gauche)
Dans le département de Tibiri beaucoup d’opérateurs économiques et des citoyens anonymes ordinaires tentent de créer les conditions d’une meilleure résilience à travers des initiatives privées dans divers domaines, notamment agricoles. Dans le village de Béchémi, situé à une vingtaine de kilomètres de la ville sur la route de Douméga et de Guéchémé, Elhadji Sadi Magagi, par ailleurs Chef dudit village, s’est illustré pour avoir mis en valeur une vaste étendue de terre par la création d’une ferme intégrée.
Situé à quelques encablures de Béchémi, la ferme d’Elhadji Sadi Magagi, en provenance de Tibiri sur une voie latéritique, de loin on aperçoit un espace verdoyant à perte de vue alors que nous sommes en pleine période de saison sèche. Ce domaine flamboyant de verdure au milieu d’un paysage aride témoin de l’ampleur de l’investissement et du sacrifice consentis par le promoteur. Sur cette terre qui, il y a quelques années, n’était qu’un terrain dénudé, Elhadji Sadi Magagi a décidé de faire pousser des plans de manioc, des manguiers, de goyaviers, des citronniers, mais aussi de la pastèque et de l’oignon. Pour mieux rentabiliser cette ferme, l’initiateur s’est proposé d’élever des animaux et de la volaille et même d‘essayer un peu de pisciculture. Ce terrain, grand comme un village, a une superficie de plus de 18hectares sur lesquels sont introduits plus de 1000 pieds de manguiers, 325 plans de citronniers, 250 plans de goyaviers et des milliers de boutures de manioc. Il y a deux ans, dit-il, cet espace n’était qu’un champ traditionnel où seule la culture pluviale est pratiquée. Mais aujourd’hui, c’est un terrain valorisé tout au long de l’année. Pour cela, Elhadji Sadi n’a pas lésiné sur les moyens car, dit-il, il a investi massivement pour faire de cette terre nue un véritable pôle agricole. Côtés emplois, la ferme est entretenue par plus de dix personnes travaillant quotidiennement à titre permanent. De nombreux autres jeunes du village et certains, venant d’ailleurs, trouvent de quoi faire chaque jour dans le domaine. Il explique avoir choisi le manioc pour une raison simple ; cette plante est peu gloutonne en eau, elle n’est pas trop exigeante, plus tolérante et résiliente. Dans ce jardin, il a créé treize forages équipés d’autant de châteaux d’eau pour assurer un bon approvisionnement en eau.
Moins de deux ans après les premières boutures et les premiers d’arbres fruitiers, c’est avec joie et une certaine fierté qu’Elhadji Sadi nous fait visiter sa ferme, laquelle n’est qu’à son début, souligne le quinquagénaire. Car, il veut aller plus loin, faire plus afin de faire profiter ses concitoyens. Pour lui, cette étape est juste une phase expérimentale qui lui servira de tremplin pour élargir son domaine et diversifier la production. En cette fin du mois de mars, le manioc était arrivé à maturité, avec un taux de rendement exceptionnel à la grande satisfaction des employés du promoteur. On voyait déjà de gros tubercules fendiller le sol et émerger avant même de les déterrer. Quelques pieds furent déterrés pour faire voir à quoi ça ressemble. Eh bien, il s’agissait des tubercules pouvant peser plusieurs kilogrammes qui ont été cueillis. Pour les déraciner, il a fallu utiliser de l’eau afin de ramollir le sol. Autrement, il serait difficile d’en extraire ces gros tubercules solidement fixés au sol. Il espère récolter des centaines de tonnes de manioc. Parlant de son projet, Elhadji Sadi Magagi souligne qu’il compte utiliser sa production, non pas pour vendre à l’état brut, mais pour produire de la farine de manioc. Pour ce faire, il va installer une usine de production et dit avoir d’ores et déjà commandé l’équipement moderne nécessaire. En plus des jeunes agents ont été également formés aux techniques de traitement et fabrication de la farine de manioc. Elhadji Sadi Magagi entend ainsi se hisser au rang des premiers producteurs nigériens de cette denrée très prisée.
Le village de Béchémi tout comme les autres villages de cette zone du Dallol Maouri dispose d’un potentiel agricole immense qui ne demande qu’à être mis en valeur. Il espère d’ailleurs que dans le cadre du Programme Grande irrigation, l’Etat songera à accompagner toutes les initiatives tendant à valoriser ce potentiel. Actuellement, son souci principal est lié à la conservation des boutures de manioc. Il explique qu’une fois avoir récolté les tubercules du manioc, il lui sera difficile voire impossible de conserver les tiges de manioc pour la prochaine campagne, étant donné que le manioc est planté sous forme de bouture. Or, si les tiges venaient à sécher, il va lui falloir commander d’autres tiges du Nigeria. Son souhait, c’est que l’Etat rachète les tiges afin de les distribuer aux autres producteurs ou porteurs de ce genre d’initiatives.
Zabeirou Moussa,
Envoyé spécial
