Commandant Mahamane Hassane Conservateur de la Réserve de Biosphère de Gadabédji
Mon commandant, faites nous l’historique des girafes de Gadabédji depuis leur translocation en 2018
La zone de Gadabédji fait partie des zones de répartition naturelle de la girafe d’Afrique de l’Ouest où elle abondait. Suite aux années de sècheresses qu’à connu la zone (1970-1971-1973) et le braconnage qui ont décimé une bonne partie de la population, l’aridité du climat les a contraints à entamer une longue migration plus au sud dans l’actuelle zone girafe où les conditions climatiques etaient plus favorables.
Ainsi, grâce aux efforts de conservation des services forestiers et l’appui de plusieurs institutions internationales, des ONGs nationales et internationales ainsi que des populations locales, l’espèce a pu être sauvegardée portant ainsi l’effectif de la population à plus de 600 individus en 2018 année de la première translocation.
C’est ainsi que dans le souci d’assurer la conservation génétique de la girafe (Giraffa camelopardalis peralta), une opération technique de translocation a été menée, conformément au document de la stratégie et au plan de conservation de l’espèce élaboré par le Ministère en charge de l’Environnement en octobre 2015. L’objectif principal de cette opération est de créer une deuxième métapopulation de girafes génétiquement viable
Financée par le PNUD à travers le Projet de Gestion Durable de la Biodiversité et des Aires Protégées (PGDBAP), en collaboration avec d’autres partenaires en l’occurrence les ONG « Girafe Conservation Foundation (GCF) » et « Sahara Conservation Fund (SCF) », la translocation des girafes de Kouré à la Réserve de Biosphère de Gadabédji s’est faite en deux phases :
- La première phase a eu lieu en novembre 2018 où un groupe de huit (8) individus subadultes dont trois males et cinq femelles ont été transloqués,
- La deuxième phase en novembre 2022 avec quatre individus toutes femelles subadultes.
Quelles sont les autres espèces qui vivent dans la réserve ?
Parallèlement à la translocation des girafes, l’Etat et ses partenaires notamment Sahara Conservation s’attèlent depuis 2021 à la réintroduction de l’Autruche d’Afrique du nord ou Autruche à cou rouge qui représente aussi une des valeurs patrimoniales de la réserve disparue depuis des décennies. D’ores et déjà, les premiers individus transferes du centre spécialise de kelle à la RBG ont déjà atteint l’age de la reproduction. En dehors de la girafe et de l’autruche à cou rouge récemment réintroduites, la Réserve de Biosphère de Gadabédji recèle d’une biodiversité exceptionnelle mise en exergue par les données de l’inventaire de 2010, et complétée par les données du suivi écologique effectué conjointement par l’Unité de Gestion de Réserve (UGAP) et l’équipe de l’Unité de Gestion du Projet (UGP).
Ainsi, en terme de biodiversité de la faune mammalienne, on peut citer La Gazelle dorcas, Le Chacal doré et le Chacal à flancs rayés, le Renard pale, le singe rouge ou Patas, le Ratel, la Genette commune, la Mangouste, le Chat de Libye, le Lièvre du Cap…etc.
En ce qui concerne la faune aviaire, on y rencontre le vautour à tête blanche, le vautour de Rüppell, le vautour charognard, l’outarde arabe et du sénégal, les pintades sauvages, plusieurs espèces d’aigles, d’autours ainsi qu’une multitude d’espèces d’oiseaux d’eau migrateurs qui y séjournent pour la reproduction surtout pendant la saison des pluies.
En ce qui concerne les reptiles, la réserve abrite deux (2) espèces de varans à savoir le varan des savanes (Varanus exanthematicus) et le varan du Nil (Varanus niloticus). Ces espèces sont surtout observées pendant l’hivernage. Plusieurs espèces de serpents sont également répertoriées dans la réserve, notamment le ‘’faux cobra’’ (Malpolon moilensis), le Boa des sables (Eryx muellerie) pour ne citer que celles-là.
Quel est le régime de protection de ces espèces ?
La plupart de ces espèces sont classées en danger voire même en danger critique d’extinction selon la liste rouge de l’UICN à cause de leur vulnérabilité, c’est pourquoi ces espèces bénéficient d’une protection aussi bien par la législation nationale à travers la Loi N° 98-07 du 29 avril 1998 fixant le regime de la chasse et de la protection de la faune et son Décret d’application N°98-295 du 29 octobre 1998 que par les conventions internationales ratifiées par le Niger.
S’agissant des girafes, leur nombre a-t-il augmenté et comment ?
En ce qui concerne les girafes, de 2018 date de la première translocation à aujourd’hui nous avons enregistré six (6) mises-bas réussies soit une augmentation de 43% de leur effectif initial. On peut alors affirmer sans risque de se tromper que l’espèce s’est très bien acclimatée. De même, la cohabitation avec le cheptel domestique et la population locale est exceptionnelle car en zone pastorale, il n’y a pas de conflits homme-girafes.
Qu’en est-il des autres espèces ?
Pour les autres espèces, on observe également une augmentation pour certains mais pour d’autres, leur effectif connait une légère régression. C’est le cas notamment des deux espèces de vautours (de Rüppell et à tête blanche) rencontrées au niveau de la Réserve de Biosphère de Gadabédji qui sont toutes classées en danger critique d’extinction. Ceci est dû généralement à la perte d’habitats et aux perturbations dans le cycle de reproduction qui se soldent souvent par des échecs.
Qu’est-ce qui a alors favorisé la multiplication de toutes ces espèces en un temps record ?
Toute espèce a besoin de trois éléments fondamentaux pour s’épanouir et se reproduire :
- La quiétude à travers un bon dispositif de surveillance qui réduise considérablement l’empreinte humaine sur la réserve ;
- Un habitat favorable qui lui garantisse l’alimentation, la protection et un abri pour la reproduction.
- Une franche collaboration des communautés locales qui garantisse les conditions d’une cohabitation pacifique entre la faune sauvage et les populations locales ainsi qu’avec le cheptel domestique.
Toutes ces conditions sont réunies dans la Réserve de Biosphère de Gadabédji c’est ce qui explique la multiplication de ces espèces en un temps record.
Est-ce qu’il y a des menaces pour ces espèces ? Si oui lesquelles ?
Les Aires protégées entant que principaux réservoirs de la biodiversité et derniers refuges de la faune, subissent des menaces et pressions multiples et multiformes. La réserve de Biosphère de Gadabédji ne déroge pas à cette règle.
La principale menace pour ces espèces reste les feux de brousse qui sont récurrents dans la zone. En effet malgré la présence d’un important réseau de bandes pare-feu, lorsqu’ils surviennent, les feux peuvent avoir des conséquences désastreuses aussi bien pour la faune que pour son habitat.
La deuxième menace est la pression pastorale. En effet la croissance exponentielle du cheptel domestique tout autour de la réserve dû à un élevage contemplatif concurrentiel pratiqué par les populations riveraines constitue une menace permanente pour la faune sauvage. Hormis la capacité de charge qui est largement dépassée, il y a aussi la dégradation du milieu et le risque permanent de transmission de maladies.
La troisième menace et qui est la plus difficile à contrôler sont les effets des changements climatiques qui se manifestent par une péjoration climatique sans précédent, la mauvaise répartition dans le temps et dans l’espace de la pluviométrie, l’assèchement précoce des mares. Fort heureusement, nous disposons de trois mares aménagées alimentées par des systèmes photovoltaïques permettant ainsi de couvrir les besoins de la faune sauvage tout au long de l’année.
Parlez-nous de l’Unité de gestion qui assure la sécurité de la réserve. Le nombre d’agents de cette unité est-il suffisant pour assurer la sécurité de la réserve ?
L’Unité de Gestion de la Réserve de Biosphère de Gadabédji a été mise en place en février 2013. Elle est dirigée par un Directeur appelé Conservateur qui est appuyé et secondé dans sa mission par trois services à savoir : le service du Suivi Écologique, le service de Protection et surveillance et le service de la Mobilisation Sociale et du Développement Local.
Cette Unité de Gestion compte aujourd’hui une vingtaine d’agents de terrains appuyés par six écogardes recrutés au sein de la population locale. Cet effectif reste tout de même insuffisant pour assurer une occupation permanente du terrain au vue de la superficie à couvrir et du degré des menaces et pressions auxquelles la Réserve fait face.
Quelles sont les perspectives d’avenir pour la réserve de Gadabédji ?
En termes de perspectives d’avenir et toujours dans le cadre de la poursuite du programme de la réintroduction des espèces, l’État et ses partenaires notamment le PNUD à travers le Projet de Gestion Durable et de la Biodiversité et des Aires Protégées et d’autres partenaires extérieurs envisagent la réintroduction de certaines espèces emblématiques disparues notamment l’Oryx et la Gazelle dama. Il est aussi envisagé le renforcement de la capacité opérationnelle de l’Unité de gestion en vue de la promotion de l’écotourisme pour booster le développement socio-économique de la zone.
Entretien réalisé par ATTAOU Moutari, RESCOM MEH/A
