Une vue de la plateforme de commercialisation de produits agricoles de Guidimouni
A Guidimouni, commune rurale du département de Damagaram Takaya, située à une soixantaine de km à l’Est de la ville de Zinder, chef-lieu de la région, les productions de céréales, des légumes verts et fruits ont toujours fait le bonheur des paysans qui en produisent en qualité et en quantité, en culture de contre saison comme en saison pluvieuse, en ce qui concerne les produits maraîchers. Avec plus 60 cuvettes et vallées humides, le maraîchage est une tradition particulièrement ancrée qui fait la fierté du village et qui y est pratiquée avec une panoplie de cultures très prisées sur le marché local, ceux des certaines grandes villes du pays et au-delà. En 2024, ce sont 35 250 tonnes de produits agricoles, d’une valeur de plus de 13 milliards de FCFA, qui ont transité par le marché paysan de ‘’Plateforme’’ de Guidimouni, contre 13 048 tonnes d’une valeur de 2,2 milliards en 2019 sur le marché local, selon le Groupement d’intérêt général (GIE) de la plateforme de commercialisation des produits agricoles de la Commune.

Ce dimanche 21 décembre 2025, c’est le jour du marché hebdomadaire de Guidimouni. C’est aussi la journée phare du comptoir des produits agricoles, comme tous les dimanches. Aux premières heures de la journée, alors que s’installent, ici et là, des étals des petits commerces tous azimuts sur les abords de la voie principale du village, les charrettes et chariots chargés voire surchargés de manioc, de courges, de choux, de la laitue et de niébé ou mil, convergent eux vers le nord, vers ce qui est connu localement comme le marché de ‘’la plateforme’’. Sur les lieux, beaucoup de transporteurs et producteurs ont déjà pris quartier. Les marchandises sont disposées, rassemblées, selon la nature, mais avec quelques marques de signes distinctifs comme les initiaux des noms des propriétaires ou autres symboles banals, sur les sacs. « Certains sont là depuis la veille. Il y en a qui sont arrivés au milieu de la nuit. Ils viennent de loin. Il y a aussi des revendeurs qui achètent les petits lots, pour rassembler et fournir des grossistes », indique le président du Groupement d’intérêt économique de la plateforme de commercialisation des produits agricoles de Guidimouni, Boukari Alhassane.

Le suivi du marché est une des activités phares des structures des paysans, en collaboration avec les services de l’agriculture et ceux du commerce notamment, depuis plus d’une décennie. Mais les tâches d’enregistrement des produits, de relevé des prix et d’évaluation des flux n’ont jamais été aussi faciles et fiables qu’après la réalisation de la Plateforme de commercialisation des produits agricoles à Guidimouni. En effet, depuis fin 2019, date d’ouverture du comptoir, l’enceinte d’environ 4ha clôturée, située sur l’aile nord-est du village, s’impose de plus en plus comme l’unique adresse de bonnes affaires en matière de produits agricoles, pour les producteurs, les revendeurs locaux et les grossistes de tous les horizons (Nigéria, Maradi, Agadez, Niamey, Zinder, etc.). Au cours des premières années, le flux financier des produits maraîchers et céréaliers chargés à partir de Guidimouni est passé de 2,2 milliards FCFA en 2019 à 5,7milliards FCFA en 2020, jusqu’à plus de 13 milliards de FCFA en 2024.
Les activités de la plateforme ont commencé pleinement en 2014. Elle faisait le suivi du marché en collaboration avec la Chambre régionale de l’agriculture (CRA) à travers le Groupement d’intérêt économique (GIE), constitué de 31 représentants des structures des producteurs, des productrices de céréales, des maraîchers, des éleveurs, des commerçants, des transporteurs, etc. A l’ouverture du marché en 2019, le bureau exécutif du GIE des paysans qui a un mandant de 5 ans a signé, avec la mairie, un contrat de 2 ans renouvelable relatif à la gestion du comptoir. Ce même contrat est continuellement renouvelé, amélioré et adapté aux réalités et défis. « Dans la taxe qui est prélevée, nous versons à la mairie jusqu’à 3 millions en un an », assure Boukari Alhassane, président du bureau exécutif du GIE des paysans de Guidimouni.
Une vitrine du potentiel et de la productivité agricole de la commune
« C’est le potentiel et la productivité de Guidimouni qui a inspiré le projet de création de cette plateforme de commercialisation des productions agricoles en 2017. Ceux pour qui ce marché a été construit en profitent pleinement aujourd’hui », fait remarquer le président Boukari Alhassane. C’est dire qu’ici, les grossistes qui viennent s’approvisionner trouvent leur compte, les producteurs qui viennent écouler leurs récoltes y parviennent aussi. Tout a l’air d’être bien organisé. « Les prix sont fixés de manière équitable. La mairie a ses taxes, facilement. Les échanges se déroulent paisiblement en toute sérénité. C’est sécurisé. Dans les rues, il y’avait des voleurs, des animaux qui venaient brouter les étals, à la moindre mégarde, et il y’avait surtout la non maitrise du marché. C’était chacun pour soi », se souvient Boukari Alhassane.
L’avènement de la plateforme de commercialisation des produits agricoles apporte ainsi un souffle nouveau à l’économie rurale, car elle met en lumière le potentiel et la productivité de la commune et attire les acheteurs. « Quand toute la production est rassemblée, ça prouve la disponibilité, ça rassure et ça attire de plus en plus des grossistes. Nos producteurs sont sûrs de pouvoir écouler leurs récoltes, quand ils voudront à des prix qui les honorent », explique le président du bureau exécutif du Groupement d’intérêt économique de la plateforme de Guidimouni. « Au lendemain de la fin de la saison pluvieuse, vous trouvez ici essentiellement du niébé. Puis le reste de l’année, c’est de l’oignon, du chou, de la laitue, de la courge, du manioc, de la banane, entre autres légumes et fruits. Chaque spéculation a sa période propice », a-t-il souligné.
Un symbole de la vitalité de l’économie rurale
En cette fin d’année, c’est le manioc qui est en vedette dans les vallées et sur le marché. Il y est vendu en sac ou en botte. « On parle tantôt de 3 000 FCFA, tantôt 3 500FCFA le sac, tout dépend de la qualité, selon les appréciations des clients », précise Amadou Habou, un habitant venu du village de Barnawa, situé à 4 km au nord de Guidimouni. Près de lui, quatre sacs pleins de manioc. « C’est ma production. Cela fait quelques semaines que j’amène vendre ici. Le manioc donne bien chez nous et c’est facile à entretenir au jardin. Après le semis, c’est juste l’irrigation qui suit. J’en fais en contre saison et pendant la saison pluvieuse, avec un peu de la courge aussi. Nous n’amenons pas tout d’un seul coup sur le marché. C’est selon nos besoins. Nous vendons trois ou quatre sacs. Et c’est suffisant pour s’occuper de la famille. C’est ainsi mon métier », explique le producteur de 40 ans, marié à deux femmes et père de 9 enfants.

Un autre producteur du nom de Zakariyaou Abdou a, lui, convoyé 8 sacs depuis le village de Koumé. « J’amène 6 à 10 sacs, chaque semaine. Souvent, je pars aussi au marché de Guidiguir. Ces dernières années nous, ne produisons pas assez. L’eau a inondé certaines de nos terres. Et ces prix, 3 000FCFA, 3 500FCFA le sac, je les trouve insignifiants », se lamente Zakariyaou, producteur de manioc depuis plus 10 ans. Selon lui, sur le sac vendu, les agents du GIE prélèvent 100FCFA à titre de taxes et consorts. Cependant, Zakariyaou qui dit avoir quitté son village aux environs de 2h du matin pour arriver à l’aube au marché, sur une charrette ovine, n’a pas l’intention de retourner avec ses sacs. « On fait avec, c’est ainsi le marché. Je vais payer des céréales pour rentrer. C’est notre routine », dit-il, d’un air désintéressé.
La commercialisation sur le marché local ou disons pour la consommation locale est effectivement l’apanage de ces femmes. Et le dimanche n’étant pas un jour de classe, ce sont les jeunes filles et garçons qui sillonnent les rues, prennent d’assaut les carrefours avec des plateaux de banane, de la mangue, de goyave, de melon et de pastèque et bien sûr la vedette du moment, le manioc.

Hassana Ibrahim est vendeuse de manioc cuit. Comme la plupart des femmes qui l’entourent, elle est venue s’approvisionner au comptoir de la plateforme très tôt pour ne pas manquer le marché. « Ici, on a tout. J’ai plus de chance d’avoir la meilleure qualité », dixit Hassana qui se réserve la patience de choisir son sac même si elle trouve les prix de la journée assez abordables. « Ils mélangent des fois les mauvais au milieu des bons. Je paie un sac et souvent avec un petit lot en plus. Le sac du manioc est tout au plus à 3 500 FCFA. Après préparation, chaque jour, je fais entre 1 000FCFA et 1 500 FCFA, et jusqu’à 2 000 FCFA de vente le jour du marché. Les moins bons des tubercules, nous les séchons après cuisson. Nous les mélangeons avec le niébé, pour en faire de la farine de ‘’dan waké’’ (un mets traditionnel très prisé dans la région) », a-t-elle confié.

« Le manioc, c’est notre quotidien, c’est notre manne. Nous vivons de ça. Nous vendons, nous épargnons, nous dépensons pour nos petits besoins et la routine », soutient Rabia Abdou, une autre habituée de la plateforme. « Nous l’épluchons, nous les préparons à la cuisson, nous vendons une partie, dans des petits sachets, à partir de 50 FCFA, nous transformons l’autre partie. Il y a vraiment du profit, Alhamdoulillah. Le prix du sac, des fois, jusqu’à 6 000 FCFA. Là nous sommes dans sa période, c’est pourquoi c’est abordable », poursuit Rabia qui cherche à payer un deuxième sac.
Une baisse de près de 37% du flux financier, suite à l’interdiction d’exportation des céréales
Au titre de l’année 2025, le Groupement d’intérêt économique de la plateforme de commercialisation des produits agricoles de Guidimouni n’a enregistré que 21 525 tonnes, d’une valeur de 8 250 100 050 FCFA, à son comptoir, soit une baisse de 37% des flux financiers.
Pour le Groupement, la situation est due à l’interdiction de l’exportation des céréales dont le niébé qui transitait énormément par le comptoir. « Ici, le sac de niébé a été vendu à 85 000FCFA, 60 000FCFA puis à moins de 20 000FCFA. Nous avons connu la meilleure et la pire des situations de son marché, mais la disponibilité n’a jamais fait défaut. C’était le produit phare », regrette Boukari Alhassane, le président du bureau exécutif du GIE.

En effet, le gouvernement nigérien a reconduit en octobre 2025 l’interdiction d’exporter des céréales (riz, mil, sorgho, maïs, niébé) pour garantir l’approvisionnement national et stabiliser les prix. Cette mesure, en vigueur depuis octobre 2024, n’excepte que le Mali et le Burkina Faso, pays partenaires et amis, membres de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES). Or, en termes d’exportation, le comptoir des produits agricoles de Guidimouni n’intéressait que les grossistes du Nigéria. Par ailleurs, faut-il le souligner, chez les paysans, le niébé est plutôt considéré comme une culture de rente.
Ismaël Chékaré Envoyé spécial
