À Filingué, le Collège d’Enseignement Général (CEG) créé en 1965 et baptisé du nom de Maidagi Allambeye en 2020, a formé de nombreuses personnalités et cadres du pays, demeurant jusqu’à aujourd’hui, une référence éducative dans la région. Cependant, cet établissement fait face à des défis quotidiens qui ralentissent son évolution.
Le directeur de cet établissement en 2026, M. Hamissou Kaka, souligne l’engagement du corps enseignant et des élèves pour assurer sa bonne marche. Il évoque, ensuire les principaux défis qui freinent le développement du système éducatif en général, et plus particulièrement au sein de son établissement, tout en proposant plusieurs pistes de solutions dans la perspective de trouver des réponses aux différentes difficultés auxquelles fait face cet établissement.
L’école qui a vu le président de la République du Niger, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, effectuer sa scolarité de la 6è à la 3è s’appelait CEG 1 de Filingué. Elle a changé de dénomination le 1er mars 2020, lorsque l’Association des premiers élèves du CEG de Filingué a décidé de le rebaptiser « Maidagi Allambeye », en hommage à son premier directeur. Le CEG Maidagi Allambeye est un établissement de référence qui a accueilli des élèves venus de divers horizons, notamment d’Abala, Sanam, Filingué, Bonkoukou, Balleyara et Kourfaye Centre. Pendant longtemps, il a été l’unique établissement secondaire de la zone, recevant des élèves issus de plusieurs départements.
Le directeur de l’établissement, M. Hamissou Kaka, indique que ce prestigieux collège a formé d’éminentes personnalités nigériennes, des cadres ayant contribué au développement du pays, dont le Président Tiani, l’actuel ministre des Affaires étrangères et le ministre de la Justice, ainsi que Maidagi Allambeye lui-même, figure politique influente sous le régime de Tandja Mamadou, sans oublier de nombreux autres responsables ayant œuvré pour le rayonnement du Niger.
Confronté aux effets de la décentralisation
Avec l’évolution, la décentralisation, chaque département, village ou agglomération dispose de son propre établissement. Ce qui a conduit à une réduction des effectifs du CEG qui ne reçoit que les élèves de quelques écoles primaires des villages environnants. M. Hamissou Kaka estime que la décentralisation a marqué le début de l’effritement du système éducatif. Autrefois, dit-il, ce CEG accueillait des élèves provenant de plusieurs départements et il existait une solide compétition entre eux. Chacun voulait faire honneur à son village par de bons résultats scolaires. « Les élèves étaient très engagés dans leurs études », affirme-t-il.
Aujourd’hui, poursuit le directeur, le rapprochement des écoles des villages a affaibli cet esprit de compétition. « Auparavant, les élèves passaient neuf mois loin de leurs familles et retournaient chez eux, fiers de présenter de bons résultats. La disparition de cette dynamique compétitive explique en grande partie la baisse de niveau souvent évoquée par les autorités et la population », a-t-il expliqué.
Des défis structurels malgré des résultats encourageants
Pour l’année scolaire 2025-2026, le CEG Maidagi Allambeye compte 916 élèves régulièrement inscrits, répartis en 503 filles et 413 garçons. Parmi eux, 150 candidats, 93 filles et 57 garçons, se préparent au BEPC. Ces chiffres, selon le directeur, traduisent une forte présence féminine et témoignent de la réussite de la scolarisation de la jeune fille.
Les élèves font néanmoins face à plusieurs défis. Depuis les inondations de 2024, de nombreuses familles ont quitté la zone pour s’installer dans d’autres villages, entraînant une baisse significative des effectifs. « Ce CEG comptait autrefois plus de 1 200 élèves ; il n’en accueille aujourd’hui que 916 », a-t-il déploré.
M. Hamissou Kaka indique que le manque de centres informatiques constitue également un frein majeur, car les élèves ne disposent pas d’un espace adapté pour s’initier à l’outil informatique, pourtant devenu incontournable dans le système éducatif moderne.
Du côté des enseignants, il a fait savoir que le principal problème demeure l’insuffisance du nombre d’enseignants et de leur formation qualifiée. « Pour qu’une unité pédagogique fonctionne correctement, il faut plusieurs professeurs capables d’échanger sur la progression des cours, les méthodes d’enseignement et les difficultés rencontrées en classe », explique le directeur.
Il souligne également l’impact négatif des retards de paiement des salaires et des pécules. « Lorsqu’un enseignant n’est pas psychologiquement stable, il ne peut pas transmettre correctement ses connaissances », a-t-il ajouté.

Malgré ces difficultés, le directeur salue l’engagement du personnel enseignant. Il a indiqué que les professeurs assurent régulièrement des cours de rattrapage et de remédiation, parfois sur leurs heures libres, afin d’améliorer le niveau des élèves. « On ne peut rien leur reprocher. Ils sont déterminés à faire leur travail, quelles que soient les conditions », affirme-t-il.
Par ailleurs, dit-il, le contexte sécuritaire constitue un autre facteur préoccupant. Autrefois reconnu pour ses activités agro-pastorales et son climat paisible, le département de Filingué est aujourd’hui affecté par l’insécurité, entraînant la fermeture de plusieurs écoles primaires et collèges.
Le directeur a également exprimé sa déception face à la négligence dont souffre l’établissement. « Contrairement à d’autres collèges de sa génération, le CEG Maidagi Allambeye ne dispose toujours pas de clôture », a-t-il déploré. Selon M. Hamissou Kaka, cette absence de clôture favorise l’intrusion d’animaux errants, à la recherche d’eau ou d’ombre, ce qui perturbe la quiétude des élèves. Une situation qui expose aussi l’établissement à des risques d’insécurité, notamment la présence de reptiles dans la cour.
Il a aussi noté que les infrastructures hygiéniques sont insuffisantes. « Un petit bloc de trois toilettes est partagé entre les 916 élèves (filles et garçons) ainsi que le personnel enseignant ; c’est insuffisant », a-t-il affirmé. Il a également évoqué les bâtiments, datant de 1965, qui n’ont jamais bénéficié d’une rénovation, précisant que les toitures se dégradent, que la plomberie est défectueuse et que plusieurs salles de classe nécessitent une réhabilitation partielle. « Le CEG fait face à de multiples problèmes qu’il faut résoudre pour créer de meilleures conditions de travail, tant pour les élèves que pour les enseignants. Nous souhaitons des solutions idoines pour assurer son évolution et sa bonne marche », a lancé le directeur. Malgré tout, M. Hamissou Kaka souligne avec fierté que le CEG Maidagi Allambeye enregistre, depuis plusieurs années, l’un des meilleurs taux de réussite au BEPC. « Le CEG garde le cap », a-t-il conclu.
Les infrastructures vieillissantes, les dégâts causés par les inondations, l’insuffisance de formation continue pour les enseignants, les retards de paiement des pécules ainsi que l’absence d’équipements modernes constituent des obstacles majeurs à l’amélioration de la qualité de l’enseignement au sein de cet établissement. À tout cela, il faut ajouter d’autres facteurs comme l’insécurité et les difficultés administratives rencontrées par certains élèves.
Malgré ces contraintes, l’engagement du corps enseignant et la détermination des élèves témoignent d’une volonté collective de préserver l’excellence éducative. Cet établissement, comme plusieurs autres, continue d’être un pilier du système éducatif au Niger. Un soutien accru des autorités serait indispensable afin d’améliorer considérablement les conditions d’apprentissage des jeunes.
Assad Hamadou (ONEP)
