Rachida Hassane Djibo
Le droit, dans sa rigueur apparente, cache souvent des silences que seule l’expérience du terrain permet d’entendre. En ce 8 mars, alors que les statistiques de la représentativité s’affichent, mon esprit s’échappe vers ces salles d’étude et ces couloirs d’inspection où ma conscience de juriste a été forgée. Je revois le regard de mon mentor, Professeur TALFI I. B., ce maître dont l’exigence n’avait d’égale que sa clairvoyance, me confiant un jour :
« Ne cherche pas la justice uniquement dans l’encre des codes, mais dans le souffle de ceux qu’ils protègent. Toi qui étudies les complexités du droit, n’oublie jamais que la norme est une terre qu’il faut cultiver. Va voir l’injustice là où elle se cache, sous le poids des silences sociaux, et fais-en une science de l’humain. »
Cette injonction à « voir » au-delà du papier a trouvé un écho puissant dans le sillage de femmes d’exception. Je pense à la Commissaire Zouera Haousseize, dont l’action pour la protection de la femme et de l’enfant rappelle que la force publique est le premier rempart de la dignité. Je songe aussi à la dame de fer Maimouna Gogé, dont les chroniques juridiques et les actions multiples ont su vulgariser le droit pour en faire un outil d’éveil.
Le code de la famille : au-delà du paradoxe des usages
L’un des chantiers majeurs de notre justice matérielle reste l’adoption d’un code de la famille. Un tel texte est devenu une nécessité vitale, non pour effacer nos identités, mais pour les ordonner. Au Niger, nous vivons un paradoxe anthropologique : alors que l’on invoque souvent la religion pour freiner l’évolution des normes, la réalité du terrain montre que ce sont nos coutumes et nos pratiques diverses qui régissent véritablement les foyers.
Il est temps de cesser de se cacher derrière des paravents doctrinaux pour maintenir des statuts précaires. Un code de la famille cohérent permettrait enfin d’allier nos pratiques séculaires aux impératifs de protection des plus vulnérables. Sans ce cadre, les femmes et les enfants restent à la merci d’interprétations coutumières parfois arbitraires, entravant leur éducation et leur épanouissement.
La haute fonction : briser l’injustice environnementale
Ma présence dans la haute administration est le résultat d’un combat mené sous l’aile de mentors qui ont cru en l’expertise féminine. Cependant, le passage de la loi n° 2019-69 au sommet de l’État se heurte encore à une forme de résistance du milieu. Pourquoi, alors que le Décret n° 2020-658 nous ouvre les portes des « emplois supérieurs de l’État » à hauteur de 30 %, l’environnement administratif impose-t-il encore une « double preuve » de compétence aux femmes ?
L’engagement de l’expertise
Défendre la cause des femmes et des enfants n’est pas un élan de pitié, c’est l’exercice d’une expertise lucide. C’est comprendre qu’un droit qui protège les vulnérables est un droit qui renforce la nation tout entière. Repenser l’application de la loi, c’est s’assurer que l’éducation d’une fille ou la dignité d’une épouse ne soient plus les otages de pratiques déguisées en dogmes.
En ce 8 mars, je rends hommage à ceux qui m’ont appris à voir la justice au-delà du papier. La haute fonction publique doit être ce miroir où chaque femme peut voir une porte ouverte par la seule force du mérite. La clarté nous dit qu’une nation qui harmonise ses coutumes avec ses ambitions de justice est une nation qui regarde l’avenir avec assurance.
Par Rachida HASSANE DJIBO, Doctorante en droit international – Chercheuse centrée sur les zones de transit, les pays sans littoral et les différends maritimes(ITLOS).
